| Atanase Périfan : "La fête des voisins, un état d'esprit" Atanase Périfan, explique pourquoi " la fête des voisins " est avant tout un état d'esprit. Son souhait est que la fête serve de catalyseur créateur de lien social.
Avec " 6,5 millions de participants en France en 2009, la fête des voisins suscite un engouement qui dépasse les clivages et les communautarismes. Porteur de sens et de lien social désintéressé, ce rendez-vous citoyen génère un vrai bénéfice social. Il met en jeu des pratiques d'échange où la " relation " est infiniment plus importante que la " transaction ".
L'association fédère tous les acteurs de la ville (élus, institutions publiques, commerce de proximité, relais associatifs et habitants) autour d'un rendez-vous commun. Plus qu'une fête, elle donne l'occasion à chacun de penser sa ville, sa vie, ses rapports humains autrement.
Là où elle se produit, la fête des voisins fonctionne comme un signal attendu, un déclic social, générateur d'une multitude de comportements positifs et inventifs. Au-delà des gestes de convivialité le jour J, on assiste souvent à l'expression inattendue d'une citoyenneté active et concrète, de réflexes de solidarité retrouvée. C'est un moment idéal pour repérer les " bonnes pratiques " citoyennes, ces énergies nouvelles d'une société civile qui sait innover, surmonter les difficultés et trouver des solutions efficaces en s'adaptant.
Au-delà de la fête, il s'agit de redonner aux habitants, véritables acteurs de son succès, des espaces d'initiatives et d'échanges. Face au repli sur soi et à la peur de l'autre, il faut développer des solidarités de proximité complémentaires aux solidarités familiales et institutionnelles. Face à la chute sociale qui s'accélère, on ne compte plus les exemples de " parrainage " de voisins en difficulté où le voisin sert d'amortisseur social. N'aurions nous pas le permis de construire une ville plus humaine, plus fraternelle et plus solidaire ? " |
| Robert Rochefort* : Les Français et leurs voisins * Directeur général du CREDOC**, membre du comité de parrainage d'Immeubles en fête, Auteur du livre " La France Déboussolée " chez Odile Jacob, octobre 2002 ** CREDOC (Centre de Recherche pour l'Etude et l'Observation des Conditions de Vie) Pourquoi adhérer à ce projet et soutenir cette initiative ? D'un point de vue personnel, j'ai beaucoup de sympathie pour la vie associative et ce type de démarche. D'un point de vue sociétal, je suis profondément convaincu que la société française se cherche. Immeubles en fête a la vertu d'avoir lancé quelque chose de porteur et se pose comme un antidote à l'indifférence et à la solitude. Face à un courant très fort de valorisation de l'individu, à une culture croissante de la segmentation, des corporatismes voire de l'égoïsme, répond un contre-courant aussi important. Nous pouvons voir dans Immeubles en fête, la fête des voisins le contre courant à l'anonymat et à l'isolement. Comment analysez-vous la perception du voisin dans la France d'aujourd'hui ? Comme je l'ai souligné, il existe une tendance lourde prônant la valorisation de l'individu en tant que tel. Les réseaux de communication, de rencontres sont aujourd'hui centrés sur la famille, le travail et le communautarisme. Les rapports de voisinage ne sont "logiquement " et " a priori " qu'un lien mineur. De plus, le voisin n'est plus l'allié naturel, il est souvent perçu de manière négative. Votre constat est pessimiste, quelles en sont selon vous les causes ? Elles sont nombreuses. En premier lieu, l'évolution des conditions de vie : la diminution de la surface des appartements par exemple laisse beaucoup moins de place aux réunions conviviales entre voisins. A une mobilité géographique importante s'ajoutent des rythmes de vie spécifiques à chaque individu : les possibilités de contacts se font rares et croiser son voisin tous les matins à la même heure devient une gageure d'un autre temps. L'antique gardien ou concierge, qui était un formidable relais entre les habitants d'un même immeuble, tend aussi à disparaître.
Les habitants sont-ils prêts à rencontrer leurs voisins ? Evidemment. Il existe une vraie envie de rompre avec l'anonymat, surtout dans les villes où le nombre de personnes seules ne cesse de croître. Pour preuve, 40% des logements de grandes villes sont occupés par des personnes seules. Faut-il le rappeler ? La région parisienne compte aujourd'hui 4 millions de célibataires dont 800 000 à Paris. Dans ces conditions, connaître son voisin devient une aventure humaine des plus sympathiques. Il apparaît souvent difficile d'aller vers son voisin quand on ne le connaît pas. Le rêve d'une vie communautaire, que certaines séries de télévision proposent au public - que ce soit dans " Friends " ou " Melrose Place " - ne laisse pas indifférents la plupart d'entre nous. L'initiative " Immeubles en fête " ne compte pas aller jusque là bien entendu, mais a pour ambition d'offrir la possibilité de rencontres, de partage… On a pu constater mariages, antennes de babysitting ou autres initiatives démontrant la mise en place d'une réelle solidarité.
Dans ces conditions, quel est le véritable enjeu de l'association " Immeubles en fête " ? Il s'agit d'une fête particulière où chacun est à l'initiative de la fête. Une fête où chacun est acteur, c'est rare. Et elle est accessible à tous : campagnes, villes, quartiers difficiles… Il s'agit là bien du réel enjeu.
Effet de mode ou tendance de fond ? Aujourd'hui, on a besoin de retrouver le sens de la fête. On aime le mot fête car il véhicule l'idée de rassemblement, de convivialité et de joie. En témoignent toutes les fêtes à la mode : fête du cinéma, fête de la musique, fête des voisins… Elles sont le signe de l'enclenchement d'un dynamisme de rapprochement qui ne peut que s'accentuer fortement.
|